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Burn out royal

septembre 2010

Mes chers compatriotes,
La reine et moi commençons sérieusement à en avoir plein le cul.
Parce que quand même, je m’excuse, mais ce n’est vraiment pas de bol que ça tombe pile sur notre gueule, tous ces emmerdes de conneries de tensions linguistiques, alors que depuis la création de la Belgique, tous les rois jusqu’à moi ont été bien à l’aise, tranquillou, super respectés et en plus hyper assurés de leur avenir.
Franchement, vous ne vous imaginez pas comme ce job est devenu pourri : avant, roi des Belges, c’était relax. Vous glandiez la plupart du temps dans les serres de Laeken; les gens venaient vous faire des courbettes; ils vous parlaient comme à un dieu, vous alliez d’un gala à un autre, et on vous foutait une paix royale (c’est le cas de le dire), alors que maintenant, vous savez ce que c’est, mon qutidien? C’est voir défiler toute la journée dans mon living, sur mon canapé, des types suants, en plus souvent des gros flamoutchs, qui me répètent qu’il faut se mettre d’accord pour trouver un accord, mais que si on n’est pas d’accord sur cet accord, alors ils ne sont pas d’accord. Si vous saviez comme j’en ai marre!
En plus, souvent ils se tapent l’incrust’ chez moi, parfois même ils restent à bouffer, ils ne décollent pas : je suis obligé de faire semblant d’aller dormir pour leur faire comprendre qu’ils doivent y aller; je dois tout éteindre, et c’est seulement quand ils ont passé les grilles du château au loin que je peux discrètement tout rallumer pour pouvoir enfin passer ma soirée tranquille.
En plus, tout le temps ce même cinéma, je n’en peux plus : ces types qui passent des heures à discuter entre eux jour et nuit pendant des mois, tout ça pour systématiquement finir par venir pleurer chez moi avec des grosses poches sous les yeux, et me dire : “Sire, on n’a pas trouvé d’accord. Je vous remets ma démission”. C’est pathétique!
Ils m’énervent. Tout m’énerve. D’ailleurs, vous aussi vous m’énervez, mes chers compatriotes. Vous me les brisez! Et je vais vous dire : votre sort, et celui de vos proches, je n’en ai rien à foutre. Mais alors là, rien à foutre. J’ai des emmerdes par-dessus la tête, alors franchement, je vous le dis comme je le pense : merde. Je n’ai pas une pensée pour les plus démunis, je les emmerde; ils n’ont qu’à tirer leur plan. Je veux laisser tout le monde au bord de la route, parce que j’en ai ras le cul de ce petit pays tout pourri. Que les riches s’enrichissent encore, que les fossés se creusent entre les classes sociales, je m’en cale! Que la famille ne soit plus du tout une valeur refuge, mais que la seule valeur refuge, ce soit le pognon; que l’enseignement soit réservé à quelques rares privilégiés, ou même au fond, que l’enseignement soit aboli. Voilà!
Et si les Flamoutchs veulent leur indépendance, qu’ils la prennent et qu’ils arrêtent de nous faire chier!
Simplement, qu’ils préviennent à temps, parce que qu’est-ce que je vais devenir, moi? Vous croyez que ce n’est pas stressant, à mon âge? C’est vrai, mon CV n’est pas mal, mais la reconversion ne va pas être facile! “II, Albert. Né le 6 juin 1934. Marié, trois (…!) enfants. De 1934 à 1993 : prince. De 1993 à 2010 : roi”. Qu’est-ce qui reste après pour continuer dans cette folle ascension? Empereur? Ça ne va pas être facile à trouver!
Bref : je suis en perdition, je navigue à vue, alors si je peux juste vous demander une faveur, mes chers compatriotes, ce serait d’abolir mes discours foireux du 21 juillet, où de toute façon je ne peux rien dire d’autre que des lieux communs, en plus ça me stresse et ça ne sert à rien.
Allez. Là-dessus, merci, et tchusss.