C’est quand même incroyable…
L’autre jour, figurez-vous que j’ai eu une panne de chauffage chez moi.
Enfin, je veux dire, euh… ce n’est pas ça qui est incroyable.
Ce qui est incroyable, c’est la suite.
Cette panne a eu lieu, évidemment, un dimanche ; je me suis réveillé, et mes radiateurs étaient tout froids. J’ai alors décidé d’aller me réchauffer dans une douche chaude, mais l’eau aussi était toute froide.
Bref, tout était tout froid.
Bon. C’est évidemment au fait que je prends la peine de vous relater cette anecdote que je réalise que je n’ai pas une vie à la Che Guevara ou à la Charles de Gaulle.
Vous imaginez le Che écrire dans ses carnets de bord qu’il a eu une panne de chauffage ? Ou le général de Gaulle expliquer dans ses « Mémoires de guerre » que le 22 avril 1942, il n’avait plus d’eau chaude dans sa salle de bains ?
Non ! En même temps, il faut se mettre à ma place : ce n’est pas facile, d’avoir des trucs grandioses à raconter en Belgique en 2010 !
Prenez Roosevelt, Churchill, Kennedy, Jean Moulin, Jaurès, Blum, Luther King : est-ce qu’ils ne se seraient pas sentis un peu à l’étroit, dans notre petit royaume, par les temps qui courent ?
Kennedy aurait été, je ne sais pas, moi… député CD&V ; est-ce que vous pensez qu’il aurait pu dire : « I have a dream » à propos des bourgmestres non nommés des communes de Kraainem, Linkebeek et Wezembeek-Oppem ? Non : on lui aurait carrément ri au nez !
Churchill aurait été négociateur dans le dossier BHV; est-ce qu’il aurait pu déclarer, comme il l’a fait en 1940 : « je n’ai d’autre à vous offrir que du sang, de la sueur et des larmes » ? Sans doute pas : le fond aurait été vrai, mais ce serait quand même tombé à plat.
Kennedy, encore lui, a beaucoup frappé les esprits en déclarant : « Ich bin ein Berliner » ; est-ce qu’un député flamand aurait le même succès s’il osait un : « ik ben een Bruseleer ? » Non, il serait grotesque !
Même le « Yes wen can » d’Obama sonnerait faux en Belgique : « oui, on peut », ça ne ressemble à rien ; quant à « ja, we kunnen », n’en parlons même pas.
Bref, quand le général de Gaulle clamait : « vive le Québec libre », ça avait du panache ; quand un élu wallon lâche un : « vive la Wallonie libre », on se demande ce qu’il veut.
Ceci pour dire qu’on vit une époque sans panache et sans lyrisme, et qu’il n’est pas toujours facile de trouver des sujets de billets.
Attention, je ne dis pas que c’est un mal : souvent, ce sont les grands malheurs qui poussent aux grandes envolées ; simplement, il serait quand même dommage que tout, dans ce pays, soit petit, et que les envolées publiques se limitent à des sorties du genre : « quand je vois ce que j’entends, je me dis quand même nom de djos ».
Même si quant au fond, je ne suis pas loin de penser la même chose…