“Des pistes de solution proposées par un groupe de travail indépendant pour résoudre le blocage politique”.
Ouaouh!
J’ai lu ça dans le journal, l’autre jour.
Pfff… c’est quand on lit ce genre de truc très sexy qu’on comprend la fascination modérée que suscite la crise institutionnelle chez la plupart de nos concitoyens.
Une formule comme ça, c’est à peu près aussi excitant qu’un dimanche de pluie où on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire, et où après réflexion, on en arrive à la conclusion que le mieux, c’est encore de ranger ses papiers, “parce que sinon, ça s’accumule”.
Allez, relisons ensemble cette phrase, juste pour le plaisir : “des pistes de solution proposées par un groupe de travail indépendant pour résoudre le blocage politique”.
Bien.
Alors… analysons-la par étapes.
“Des pistes de solution”, d’abord : on ne parle même plus de solutions; on a renoncé : maintenant, on parle de pistes de solutions. Enfin, c’est toujours mieux que de parler de “vagues solutions”, mais c’est peut-être la prochaine étape, qui sait : “de vagues solutions proposées par un groupe de travail”. Ou, pire encore : “de vagues solutions proposées par un vague groupe de travail”.
Bref.
La suite.
“Des pistes de solution proposées”. Mais… à qui? On ne sait pas! On les propose, c’est tout. A qui veut. “Ça intéresse quelqu’un, nos pistes de solution? Oui? Non? Personne? Bon écoutez, on les dépose sur le radiateur, et si ça vous dit, vous venez y jeter un oeil, hein”.
J’espère en tout cas pour le roi que ce n’est pas pour sa pomme, parce que si en plus de ses consultations et des démissions qu’il se ramasse tous les jours, il doit aussi se taper la lecture des rapports, son sort va rapidement devenir aussi enviable que celui d’une pêche au thon.
Quoi d’autre?
“Des pistes de solution proposées par un groupe de travail indépendant” : aaah! Bien, ça. Tout un programme! Le problème, c’est qu’on ne dit pas indépendant de quoi. Et que personne ne va parler, forcément, de groupe de travail dépendant. “Indépendant”, aujourd’hui, ça veut dire que c’est chouette. On parle d’experts indépendants, de labels indépendants, de films indépendants, et chaque fois, ça veut dire que c’est cool.
Et enfin : “des pistes de solution proposées par un groupe de travail indépendant pour résoudre le blocage politique”.
Pfiou, vous imaginez les réunions pourries? Même l’ordre du jour n’est pas clair! “Les gars, notre ordre du jour : résoudre le blocage politique”. “C’est-à-dire?” “Ouop op, op, op, op : on ne complique pas les choses. Allez, résoudre le blocage politique… comment on va faire?” “Moi, je sais! Il faut prendre le blocage, et le débloquer. En débloquant le blocage, ou alors en bloquant le déblocage”.
Bref. Moi je dis : on tient le bon bout; la sortie de crise est pour bientôt…