Donc, Ben Laden est mort.
OK.
Ça, il va falloir en parler, les gars; on ne peut pas passer à côté d’une info pareille. Et idéalement il faudrait nous dissocier des autres, vu que tout le monde va être sur le coup.
Alors bon. Qu’est-ce qu’on ferait d’un peu original, ici?
Un dossier spécial, d’office… mais avec quoi dedans?
De belles images du 11-Septembre, avec des super zooms sur les gens qui se jettent dans le vide des Twin Towers, et un beau bandeau fluo sur lequel on indiquerait “10 ans déjà”?
Ouais. C’est pas mal.
Ou alors, quelques clichés de proches des victimes en larmes?
Avec un bon “requiem de Mozart” en super bonus CD?
Et une voix très grave qui dirait : “guerre contre la terreur”?
Pourquoi pas?
Ou bien, j’ai une super idée : des photos de Ben Laden quand il était petit, avec des titres du genre “L’enfance d’un monstre”.
Ça plaît toujours, ça.
Avec des témoignages de cousins, de camarades de classe : “Oussama? Un type charmant! Adorable! Le coeur sur la main. Très loin de l’image qu’on en a donné dans les médias. Et puis drôle, avec ça! Il vous imitait Louis de Funès et Bourvil, que c’était à se rouler par terre”.
Il faudrait aussi quelques interviews de voisins : “Ben Laden? Très chouette. Il ne parlait jamais boulot, il payait toujours ses charges rubis sur l’ongle, il triait ses ordures, et puis toujours prêt à rendre service, avec ça : tenez, pas plus tard que la semaine dernière, il m’a encore prêté du sel, et même son aspirateur, parce que le mien était en panne”.
Ouais, c’est pas mal, tout ça, les mecs, mais comment est-ce qu’on va trouver ces témoignages?
Boarf, on s’en fout, hein : on invente.
Sinon, ce qu’on pourrait faire aussi de bien accrocheur, ce serait une enquête “dans le quotidien de tous les jours de la vie telle qu’elle était vraiment au plus vrai du vrai pour le terroriste numero one de la planète”.
On irait inspecter ce qu’il y avait dans son frigo le jour de sa mort, par exemple. “Dans le frigo du monstre : du riz au lait, qu’il avait l’habitude de napper de quelque peu de cassonade”.
“Dans son lecteur DVD : “Crocodile Dundee III”, qu’il aimait à se repasser en boucle bien à l’aise avec sa femme et ses gosses”.
Sinon, il faudrait trouver aussi une accroche.
Genre, un bon titre qui nous ferait sortir du lot, parce qu’on n’est vraiment pas les seuls sur le coup.
Alors, vous pensez à quoi?
Mais non, pas “ciao l’artiste” : ça n’irait pas.
Alors quoi?
“Il s’en est allé retrouver les victimes innocentes de ses odieux attentats”?
Non, ça ne va pas non plus.
“Il s’est envolé au paradis des bombes”?
Non.
Ah, je sais!
“Le dernier monstre sacré du terrorisme”.
C’est bien, ça.
Ou alos on tente un peu l’humour noir?
“La mort de Ben Laden, c’est de la bombe”?
Bof.
Ce qu’on pourrait faire aussi, c’est évidemment mettre en doute la version américaine : soit on dit que Ben Laden était déjà mort depuis des années et que là on vient de tuer un sosie, ou même qu’on n’a tué personne, soit on dit que Ben Laden n’est pas vraiment mort, et qu’on ne l’a juste pas retrouvé, ou alors que le FBI l’a repris vivant mais ne veut pas le dire, soit on dit que Ben Laden n’a jamais existé, que c’est une créature de synthèse élaborée par le FBI et le Mossad, soit on dit qu’il vit avec Elvis Presley et Adolf Hitler du côté de Uccle-Calevoet, soit qu’il habite dans le ranch de George W. Bush vu qu’ils sont copains comme cochons et qu’ils ont orchestré tous les attentats main dans la main…
Bref.
Moi, ce que j’en dis, et ce sera mon éloge funèbre : ce Ben Laden, c’était un pâle type.
Et puis voilà.