Ouf ! Enfin une bonne nouvelle. Didier Reynders l’a déclaré ce mercredi 2 mars : « il est possible de passer à la négociation ». C’est quand même formidable : il y a quinze jours, je notais dans mon billet qu’on négociait pour savoir qui allait pouvoir négocier, et ce qui allait pouvoir être négocié, ce qui n’était déjà pas terrible en termes d’aboutissement, mais maintenant j’ai l’impression qu’on est encore moins avancés, en ce sens qu’après 262 jours sans gouvernement, où est-ce qu’on en est ? Au fait qu’« il est possible de passer à la négociation ».
Et c’est ça qui n’est pas mal, au fond, et qui, je dirais, défie les lois de la science politique : il semblerait bien, curiosité belge, que semaine après semaine, non seulement on ne progresse pas, mais en plus on recule ; vous allez voir, la semaine prochaine, on dira peut-être : « d’après Didier Reynders, on va commencer tout doucement à songer à s’y mettre », puis la semaine d’après : « Didier Reynders commence à lancer les invit’ pour un tout premier tour de table avec les partenaires de la majorité, qui consistera à lancer des pistes de travail destinées à dresser une feuille de route dont l’objet sera la fixation d’objectifs dont le but sera de résoudre au mieux des problèmes qu’il faudra déterminer au préalable. Mais tout ça, bien à l’aise : on est déjà en mars, qui dit mars dit bientôt avril, qui dit avril dit printemps, qui dit printemps dit bientôt été, et on ne va quand même pas commencer des négociations en plein été ».
Ah, ça, « il est possible de passer à la négociation » ! Il y a quand même de ces titres… Il y en a un autre qui m’a bien fait marrer cette semaine, c’est celui-ci : « le Palais veut aller vite ». Extraordinaire ! Avec ça, on est gras. « Le Palais veut aller vite ». Ça, dis ! Le scoop ! « Le Palais veut que ça traîne un maximum, parce que ça fend la poire du souverain de recevoir tous les trois jours des chefs de parti suants qui lui disent qu’il faut se mettre autour de la table, sans compter les informateurs formateurs aspirateurs qui lui remettent chaque semaine des rapports de 120 pages écrits tout petit ». « Chou, tu viens regarder « Louis la brocante » ? » « Non, pfff, je peux pas : j’ai un nouveau rapport à lire, pour le boulot ». Ah, c’est sûr qu’être roi, ça a perdu beaucoup de son charme depuis Louis XIV.
Sinon, comme autre superbe titre cette semaine, il y a eu celui-ci : “semaine cruciale pour les négociations gouvernementales”. Génial! La cent milliardième semaine cruciale! Evidemment, ceci pose un problème philosophique : si toutes les semaines sont cruciales, et donc s’il est banal pour une semaine d’être cruciale, en quoi le crucial reste-t-il crucial? C’est comme les slogans de pub qui disent : “vous êtes tous quelqu’un d’exceptionnel”… or, non : si tout le monde est exceptionnel, ben plus personne ne l’est! Bref.
Cela dit, je me moque des titres qui concernent les négociations gouvernementales, mais il y en a des chouettes sur plein de sujets, notamment celui-ci, que j’ai lu l’autre jour : « les armes wallonnes tuent-elle en Libye? »
Voilà enfin une bonne question, car de fait : que les armes wallonnes tuent, d’accord, mais en Libye, alors là !
Moi je tenterais d’ailleurs une autre question : « les armes wallonnes tuent-elles ? »
C’est vrai : avec un peu de chance, elles sont de mauvaise qualité.
D’ailleurs, allons encore plus loin : « les armes tuent-elles ? »
Moi je dis : ça dépend si on les utilise.
Alors… tant qu’on est sur le sujet, il y a aussi eu cette semaine des super titres dans la presse qui concernent des tas d’autres trucs, notamment : « la fille la plus poilue du monde témoigne » (ah, ça doit faire vraiment un super témoignage : « oui, je suis poilue… voilà »), « il s’étrangle avec un Tic-Tac orange, il témoigne » (« c’est assez dire que j’avais le Tic-Tac, puis que j’ai avalé de travers… et voilà, quoi ») ; « furieux à cause d’un croque-monsieur trop chaud, il poignarde à mort le patron du snack » (comme quoi, il y a des gens un peu plus à fleur de peau que d’autres), « il prétend être le Messie, mais il n’a pas de preuves ; il demande juste qu’on le croie », « violé par son hamster, il refuse de porter plainte »…
Mais enfin, pour le moment, le top du top, ça reste les négociations gouvernementales.
Allez, encore un petit titre pour la route : « mardi midi, une rencontre au sommet a eu lieu entre le président du parti socialiste Elio Di Rupo, et celui de la NVA Bart De Wever. Objectif : tracer une voie pour la suite ». Mais c’est superbe ! On dirait qu’ils le font exprès pour me faire poiler…