Dites, surtout de bonnes fêtes de Noël, hein!
Woups, on me signale qu’en souhaitant de bonnes fêtes de Noël, je stigmatise la communauté musulmane, pour qui Noël ne représente rien.
Bon. Eh ben… de bonnes fêtes de fin d’année, alors.
Ah non : on me signale que si je souhaite de bonnes fêtes de fin d’année au mois de décembre, je stigmatise la communauté juive, qui ne fête pas la nouvelle année le 1er janvier.
Bon. Ben de bonnes fêtes tout court, alors!
Ach, on me signale que si je souhaite de bonnes fêtes tout court, je stigmatise tous les gens qui sont seuls, et pour qui cette période de l’année n’est pas du tout signe de fête, mais plutôt de solitude.
Bon. Ben pour ceux qui souffrent de solitude, je pourrais dire “bonne solitude”, alors? C’est vrai : quitte à ce qu’il y ait solitude, autant qu’elle soit bonne!
Je ne vais quand même pas dire : “ça va aller”!
Ou “courage”!
Non! Vous imaginez? “Bonnes fêtes pour la plupart d’entre vous, et bon courage pour les autres, ça va aller”? Impossible!
Ou alors, je sais : je pourrais dire “à tous, tout le meilleur”.
Enfin bon, ce n’est pas très crédible : je ne vois pas comment tout le monde pourrait avoir tout le meilleur, c’est impossible.
En même temps, ce n’est jamais qu’un souhait : on sait bien que ça ne va pas arriver.
Cela dit, si on sait que ce n’est jamais qu’un souhait et que ça ne va pas arriver, à quoi bon le dire?
Pfff…
Finalement, je ne souhaite rien à personne, comme ça je suis plus à l’aise.
Je vais plutôt vous raconter une anecdote un peu dans “l’esprit des fêtes”, comme on dit.
Le week-end dernier, figurez-vous que je suis allé voir Saint-Nicolas avec mes enfants, et que c’est là que j’ai senti comme jamais ce que que c’était vraiment que “l’esprit des fêtes”.
Je suis encore sous le choc.
En fait, la file pour aller serrer la louche du grand saint n’était pas très clairement indiquée, et comme seuls les enfants, dont des tout petits de deux ans, pouvaient faire la file (vu que leurs parents n’avaient pas le droit de les y accompagner), l’ambiance était plus proche de l’exode de Mai-40 que du village des Bisounours : il y avait des espèces de barrières Nadar autour de la file des enfants, avec tout autour les parents qui encourageaient leur enfant, un peu comme le public du tour de France : “allez vas-y, Kevin! Come on, ne te laisse pas faire! La petite blonde, là, sur ta droite, elle va te dépasser, fais gaffe, go, go, go!”
“Jean-Sébastien, sois concentré! Reste focus! Ton target, c’est Saint-Nicolas et le paquet de Sugus; garde bien ça en tête, surtout ne te laisse pas faire par les autres!”
Jusqu’au moment où, scandale, un adulte a accompagné dans la file son petit garçon handicapé. “Hé là monsieur! Vous n’avez pas le droit d’accompagner vos enfants dans la file! C’est la même règle pour tout le monde!” “Ecoutez, monsieur, je suis désolé, mais mon enfant a un problème de…” “Woup op op, problème ou pas problème, je ne veux rien savoir! C’est tout le monde logé à la même enseigne, alors vous dégagez immédiatement!”
Une tension accrue par l’épisode douloureux de la petite fille de trois ans qui, en toute innocence, s’approcha du grand Saint par le mauvais bout de la file, et sur qui trois parents commencèrent à hurler, à bout de nerfs : “hé là, hé là, hé là, à la file!”
Tout ça jusqu’au moment où le père fouettard a poussé une petite gueulante, et où il a dit -authentique- d’un bon vieil accent bruxellois : “écoutez, ça fait vingt ans que j’accompagne Saint-Nicolas, et je n’avais encore jamais vu des parents aussi chiants”.
C’était superbe!
C’est ça aussi, l’esprit des fêtes…
Là, dessus bonnes fêtes, enfin non : bons voeux, ou non, non : bon tout, enfin que tout se passe bien… ou pas, parce que bon il ne faut pas céder à la tyrannie du bonheur.
Bref : ciao.