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L’ouverture à la société civile

juin 2010

“Moi, je crois que j’ai la solution à tous nous problèmes.

Et non content de l’avoir, je vais faire encore plus fort : je vais vous la donner!

Ma solution, la voici : c’est l’ouverture à la société civile.

Voilà ce qu’il nous faut!

Il faut nous ouvrir à la société civile”.

C’est quoi, la société civile? Ben… c’est tout le monde! Il faut nous ouvrir à tout le monde. Tout le monde, à l’exception de ceux qui disent qu’il faut s’ouvrir à la société civile, étant donné que forcément un membre de la société civile ne peut pas s’ouvrir à la société civile… vu qu’il en fait déjà partie. Vous me suivez? Un membre de la société civile qui dirait qu’il faut s’ouvrir à la société civile, ce serait aussi absurde qu’un barbe sans moustache qui dirait qu’il faut s’ouvrir aux barbes sans moustache, ou qu’une pêche au thon qui dirait qu’il faut s’ouvrir aux pêches au thon.

La société civile, donc,  c’est presque tout le monde : professeurs, bouchers, charcutiers, boulangers, dentistes, céramistes, profs de gym, vous, moi… bref, disons que s’ouvrir à la société civile, c’est s’ouvrir à tout le monde.

Le problème, c’est qu’en politique, la société civile, ce sont en général des joueurs de foot et des présentateurs télé.

Et que l’ouverture à la société civile, magnifique idée, ça donne à peu près ceci dans les faits :

“Allô, Jos?

Dis, bravo pour ton match d’hier soir, hein fieu. Superbe lucarne que tu as réussie à la 67ème minute de match! Franchement, chapeau!

Et sinon, tout roule? Oui, ça va? Vous avez bien fêté ça? Une bonne petite troisième mi-temps, bien à l’aise? Ha, ha! Sacré Jos!

Dis, en fait je t’appelle pour te demander un petit service, en fait : je voulais savoir si ça te dirait de faire un peu de politique sur nos listes.

Pourquoi? Euh… parce qu’on aimerait bien se nourrir de ton apport : tu as beaucoup à nous apprendre.

Sur quoi? Beuh… sur les choses. Sur la politique, quoi. Enfin, sur tout.

Voilà.

Comment ça, tu n’y connais rien? Boarf, on va t’apprendre!

Comment ça, ça ne t’intéresse pas? Être au service de tes concitoyens, ça ne t’intéresse pas? Eh ben!

Ecoute, ce n’est pas chinois. Je t’explique.

Première leçon : tu dois parler en métaphores sportives. Tu dis qu’en t’engageant en politique, tu vas mouiller la chemise, tremper le maillot, te donner à 200%, jouer collectif, te fixer des challenges, faire rentrer le pays en première division, faire bouger les mentalités, faire suer les préjugés, etc. Ça ne veut rien dire, mais ça passe toujours très bien.

Deuxième leçon : quand on t’interroge sur un dossier que tu ne maîtrises pas, tu dois répondre que n’es pas un professionnel de la politique et que tu n’as pas honte de dire que tu n’as pas réponse à tout, mais que tu as soif d’apprendre. Et que tu es motivé à 300% (parce que c’est encore mieux que 200%. Eventuellement, tu peux monter jusqu’à 400%).

Troisième leçon : si on te demande pourquoi tu t’es affilié à tel parti et pas à tel autre, ne dis surtout pas que tu as tout bêtement rejoint le premier parti qui t’ait contacté; réponds plutôt que les vieux clivages, ce n’est pas ton truc, qu’il faut dépasser la logique des partis, et que tes vraies convictions à toi, c’est tout simplement de vouloir faire changer les choses dans un esprit positif, et que d’ailleurs, preuve suprême de ton ouverture d’esprit, si tu trouves dans d’autres partis que le tien des gens prêts à faire bouger les choses dans le même sens que toi, tu serais ravi de travailler avec eux main dans la main”.

Pfff…

Finalement, je me demande si je ne suis pas pour la fermeture à la société civile, moi.