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La vie peut être dure

mars 2011

La vie, je n’apprends rien à personne, est souvent dure.

Dans des tas de circonstances.

On va tous mourir d’ici quelques décennies pour les plus chanceux d’entre nous, une apocalypse nucléaire est possible, la guerre partout, le cancer, les génocides… sans compter les opérateurs de GSM qui m’arnaquent à chaque fois en m’expliquant que si je passe chez eux je pourrai appeler 24 heures sur 24 pour 12 euros par mois grand maximum, alors systématiquement je craque, je les crois, je change d’opérateur, et je me retrouve à la fin du mois avec des factures de 250 euros… bref, comme si tous ces soucis ne suffisaient pas, figurez-vous que l’autre jour, j’étais au restoroute avec mes fils, et que mon fils cadet a fait tomber sa bouteille de Cécémel dans mes boulettes sauce tomate; ça a tout fait gicler, et je me suis retrouvé avec le visage et les vêtements arrosés de sauce tomate et de Cécémel sous les rires nourris de l’assistance.

Comme je crevais de faim, et que je m’étais tapé une file d’une demi-heure pour avoir mes boulettes sauce tomate, j’ai héroïquement mangé mes boulettes dans leur sauce tomate mélangée au Cécémel. Des boulettes Cécémel.

Je sais bien que certains esprits chagrins m’opposeront que par rapport à la situation des réacteurs de la centrale de Fukushima, mes soucis peuvent sembler bien dérisoires, mais attendez la suite.

Après avoir terminé mon plat, je me décide à aller me nettoyer le visage et les vêtements aux toilettes du restoroute. Mais en arrivant devant la WC manager, je réalise que je n’ai plus de pièce de monnaie. Je dois donc me retaper, à nouveau, une file d’une demi-heure pour casser mon billet en achetant un Bi-Fi Roll avec lequel en plus je me suis étranglé. Je me suis donc vu l’espace de quelques secondes mort, à cause d’un Bi-Fi Roll sur une aire d’autoroute, le visage maculé de sauce tomate et de Cécémel. La consécration. Une mort qui en aurait un peu moins jeté que celle de Jean Moulin, ou du Christ.

Bref. Je suis ensuite retourné aux toilettes, où après m’être savonné les mains, ça n’arrive pas que dans les sketches, je vous le donne en mille, mais oui, absolument : les robinets étaient en panne. J’avais donc les mains pleines de savon, et j’ai dû m’arranger pour enlever le savon avec du papier toilette, qui collait forcément à ma peau. Puis, quand j’ai essayé d’enlever le Cécémel à la sauce tomate qui entre-temps avait séché sur mon visage, le papier toilette, au contact de ma peau, s’est peu à peu transformé en petites boules collantes. Très agréable.

Ensuite, j’ai vu qu’un type était quand même parvenu à avoir de l’eau avec un des robinets, donc j’ai foncé sur ce robinet, et après avoir frénétiquement appuyé dessus, un jet horizontal en est sorti en une fois, pour venir me mourir en plein visage. Troisième couche de liquide sur ma tronche.

J’ai ensuite voulu retourner à ma place pour manger la suite de mon repas, mais un employé du restoroute, ne voyant plus personne à ma table (puisque mes deux enfants sont trop petits pour que je les laisse seuls à table et qu’ils étaient venus avec moi aux toilettes), avait débarrassé mon plateau. Il y avait déjà des gros Allemands qui mangeaient leurs saucisses à ma table.

J’ai donc tenté de récupérer le fromage sur mon plateau qui avait entre-temps été rangé dans ces charmants gros meubles où on range les plateaux dans les restaurants self-service, mais un employé du restoroute, qui m’avait pris à mon avis pour un SDF qui venait vider les plateaux, m’a demandé d’arrêter.

Je sais bien que si j’avais vécu au Japon, ces petites malheurs me seraient apparus a posteriori comme des moments de joie… mais voilà, je ne vis pas au Japon.