Ouaouh, dites, génial! J’ouvre ma gazette et qu’est-ce que j’apprends? Que le Dalaï Lama est sur Twitter! Et ça, quand même, c’est chouette.
Je découvre ainsi que le dernier statut du Dalaï, en date du 23 février 2010 à 15h01, est le suivant : “Sa Sainteté le Dalaï Lama vient d’arriver à Los Angeles”.
Pfff… alors là franchement, si c’est pour dire ça! En plus, je ne veux rien dire, mais le type qui s’appelle lui-même “Sa Sainteté”, euh… il se la pète un peu, quand même! Surtout pour un mec qui prêche l’humilité et la modestie du matin au soir… mais bon.
Je me plains de la platitude de son message, mais en même temps mettons-nous à sa place : qu’écrire sur Twitter quand on est le Dalaï Lama? C’est vrai : quand on est une divinité divante, il est difficile d’écrire des statuts du genre “le Dalaï Lama… mange des croquettes aux crevettes, son plat favori, miam miam”, ou “le Dalaï Lama… aimerait bien changer de look” : ce ne serait pas digne de son standing!
Mais, comme parallèlement à ça il ne peut pas non plus écrire des petites maximes ou des sentences philosophiques dont il a le secret, parce que ça manquerait de panache (un peu comme si Jésus-Christ avait écrit en son temps : “suis sur la croix / aimez-vous les uns les autres / bizzzz”), eh bien à la réflexion je me demande si c’est une bonne idée, cette histoire de Dalaï Lama sur Twitter.
C’est vrai, quoi : entre océan de sagesse et utilisateur de Twitter, il faut choisir!
J’irais même plus loin : le Dalaï Lama sur Twitter, c’est peut-être le début de la fin du bouddhisme. Un peu comme quand on tombe sur les photos de Michel Daerden avec sa fille déguisée en Cléopâtre qui a un peu chaud : on sent aussi, là, qu’on est au début de la fin de quelque chose en politique.
Eh bien cette histoire de Twitter, c’est la même chose pour le bouddhisme, parce qu’à l’avenir, dès qu’on va proposer un truc nouveau au Dalaï, il va se dire : “boarf, après tout, maintenant que je suis sur Twitter…”
Et Dieu sait ce que ça donnera : “Bonjour, ici le Dalaï Lama. Allez tous manger une bonne pitta Gyros au snack de mon ami Hassan, au 204 chaussée de Rodebeek à 1210 St-Josse ten Noode. 10% de réduction si vous venez de ma part. Bon appétit à tous!”
Et puis ce sera la descente aux enfers : le Dalaï Lama, ayant perdu tout repère, accordera peut-être des interviews confessions dans lesquelles il parlera de ses fantasmes, de ce qu’il aurait voulu faire s’il n’avait pas été Dalaï (“j’aurais voulu ouvrir un fitness club”), ensuite il sortira des livres de blagues (“Les 5.000 meilleures blagues du Dalaï Lama”), après quoi il fera des animations dans les supermarchés (“Madame, goûtez-moi ces dés au fromage, vous m’en direz des nouvelles”), à la suite de quoi il louera sa tenue orange soi-disant pour des oeuvres de charité, mais en fait il gardera l’argent pour lui, puis il sombrera, il fera des petites arnaques de plus en plus minables, genre s’inscrire à des concours de sosies de lui-même pour être sûr d’empocher le prix, ensuite il encouragera des entreprises à faire des tasses de café ou des puzzles à son effigie, puis au moment de la répartition des droits il fera des scandales en hurlant qu’en tant qu’Océan de Sagesse il exige 30% de plus de ce qui avait été convenu dans le contrat, et puis il vendra son nom à Quick, qui vendra des Dalaï burgers… et puis il vendra des jeux de mots foireux avec son nom pour faire des pubs, avec sa tête en effigie sur les affiches : “Dalaï Lamamma mia, quelles pâtes délicieuses!”, “Dalaïe aïe aïe, achetez Colicor contre les coliques”…
Bref. Moi je dis : Dalaï, quittez Twitter tant qu’il est encore temps!
Enfin, moi je dis ça, c’est pour vous hein…