Il y en a qui manifestent pour qu’on ait un gouvernement, il y en a qui se laissent pousser la barbe pour qu’on ait un gouvernement, il y en a qui menacent de ne plus payer leurs impôts pour qu’on ait un gouvernement.
Et force est de constater que jusqu’à présent, chacune de ces initiatives citoyennes a eu autant d’utilité qu’une pêche au thon dans un cours de gastronomie, si bien que notre avenir politique semble toujours aussi bouché qu’une artère de Michel Daerden.
Voilà pourquoi j’ai réfléchi de mon côté à quelques propositions citoyennes pour la Belgique.
Je vous les livre brutes de décoffrage, dans un discours à la Martin Luther King de mon cru, que j’ai écrit spécialement pour l’occasion afin de rentrer à mon tour dans les livres d’histoire.
C’est parti.
“Mes frères, mes soeurs, peuple de Belgique!
L’heure est grave. Nous n’avons toujours pas le gouvernement que nous sommes en droit d’attendre, si bien que je propose de ne plus nous laver les cheveux tant que nous n’aurons pas de gouvernement en Belgique; je propose également de ne plus changer nos draps tant que nous n’aurons pas de gouvernement en Belgique, je propose de ne plus jouer à “il ou elle” tant que nous n’aurons pas de gouvernement en Belgique, je propose de ne plus regarder “Crocodile Dundee” tant que nous n’aurons pas de gouvernement en Belgique, et je propose de ne plus utiliser de pinces à linge tant que nous n’aurons pas de gouvernement en Belgique.
Comme ça, nos gouvernants sauront! Ils mesureront le degré d’indignation qui est le nôtre!
Et allons plus loin : suivons nos frères tunisiens dans la voie de la révolution qu’ils ont tracée pour nous, et tous ensemble menaçons de ne plus marcher qu’à cloche-pieds tant que nous n’aurons pas de gouvernement, menaçons de ne plus nous nourrir que d’ail tant que nous n’aurons pas de gouvernement, menaçons de ne plus nous exprimer qu’en onomatopées tant que nous n’aurons pas de gouvernement, et menaçons d’organiser un gigantesque “ni oui ni non” à l’échelle du pays tant que nous n’avons pas de gouvernement!
Tous ensemble, pour la révolution citoyenne de Belgique, montons au créneau. Voilà mon projet, voilà mon rêve : je veux que chaque citoyen monte au créneau. Parce que “monter au créneau”, ça ne veut rien dire, et que ça sonne bien. Imprimons des T-shirts citoyens sur lesquels il sera inscrit “montons au créneau”, placardons sur les murs de la ville et sur nos fenêtres des affiches “montons au créneau”, concoctons des gâteaux citoyens sur lesquels nous écrirons avec de la crème fraîche colorée “montons au créneau”.
Et si ça ne suffit toujours pas, envisageons des mesures plus radicales encore : tirons la langue à nos élus chaque fois que nous en croiserons un, traitons-les de gros vilains, disons-leur que maintenant ça suffit, que ça ne peut pas continuer rester durer, que ça commence à bien faire, que la coupe est pleine, que ce n’est plus possible, qu’il faut prendre des mesures, et non des moindres, parce qu’enfin quoi, de quoi on a l’air, vis-à-vis du monde, non mais je vous le demande.
Et si rien de cela marche, notre arme ultime : boudons! Tous ensemble, croisons les bras, mettons-nous dans un coin, et boudons! Jusqu’à ce qu’on ait un gouvernement!”
Voilà. C’était mon appel, l’appel de Gilles Dal, qui restera sans doute dans l’histoire comme l’appel du 29 janvier 2011.
Et je veux le croire, mes frères : plus rien ne sera jamais comme avant…