Vous avez sans doute appris comme moi la nouvelle du décès tout récent d’André Aubert, l’acteur qui interpréta pendant des années le célèbre Don Patillo, sosie de Don Camillo qui faisait la publicité pour les pâtes Panzani.
Parmi les titres comme toujours foireux auxquels on a droit en ce genre de circonstance, il en est un qui a attiré tout particulièrement mon attention ; je vous le cite : « Don Patillo est mort, il ne mangera plus de pâtes ».
C’est très juste : il ne mangera plus de pâtes.
En même temps, on peut dire ça de tous les gens qui meurent.
« Pierre Harmel est mort, il ne mangera plus de pâtes » : ce serait vrai aussi !
Ou, quelques années plus tôt, « Léopold III est mort, il ne mangera plus de pâtes » : pareil !
On pourrait d’ailleurs énumérer tout ce que nos chers défunts ne pourront plus manger une fois morts : « Gérard Blanc nous a quittés. Il ne pourra plus jamais manger de terrines aux légumes, de scampi fritti, de yaourts aux fraises, de moules marinières, de croques hawaïens, de Calippo citron, de pizzas quatre fromages, etc. » Pourquoi pas !
Et au fond, pourquoi s’arrêter à la nourriture ? Voyons plus large !
« Sim est mort. Il ne pourra plus jamais mettre ses chaussettes ». Comme ça, un exemple parmi d’autres…
« Patrick Topaloff. Il ne fera plus jamais ses grosses courses ».
La liste est sans fin !
Un autre slogan savoureux m’a comblé lors de la mort de Don Patillo : « aujourd’hui, les pâtes Panzani sont orphelines de leur plus fervent missionnaire ».
Ouaouh ! Encore un peu et on avait droit aux pâtes qui dansent avec les étoiles, mais heureusement ce nous fut épargné.
Des pâtes orphelines : meine Got !
Et quoi ? Quand le fondateur d’Ikea viendra à quitter cette terre, on aura droit à : « les armoires démontables perdent leur papa » ? Eh oui, en plus, on y aura droit… vous allez voir qu’on y aura droit ! Je prends les paris !
Cela dit on peut prendre les paris pour d’autres futurs titres également : « Décès du fondateur de Lunch Garden. Les pêches au thon perdent leur papa ».
« Décès du fondateur des Bi-Fi Roll. Les coliques et les nausées sont en deuil ».
Sinon il y a toujours un chouette truc, aussi, au moment des décès, c’est la finesse du « testament ». Un « livre testament », par exemple, quand il est sorti peu de temps avant le décès de l’écrivain. On a dit ça pour l’abbé Pierre, pour sœur Emmanuelle, pour Patrick Swayze ; on a aussi parlé de « disque testament » pour qualifier l’ultime CD de George Harrisson, de Claude Nougaro, d’Alain Bashung, etc. Eh bien moi je dis que pour un cuisinier, on pourrait parler de « vol-au-vent testament », par exemple, à l’évocation du dernier vol-au-vent que le mec aurait cuisiné avant de faire le grand saut.
Et au fond, tant qu’à rendre un vibrant hommage à quelques titres savoureux parcourus dans la presse, permettez-moi également dans la foulée à celui-ci, découvert tout récemment :
“Les prix de l’immobilier britannique rebondissent nettement. La hausse pourrait même retrouver un rythme à deux chiffres au mois de mars, du jamais vu depuis 2007”. “Du jamais vu depuis 2007”… pchiou!
“Il fait caillant, hein?” “Ne m’en parle pas! Pour moi, c’est du jamais vu depuis la semaine passée”.
Allez un tout dernier pour la route, le fameux slogan : “ce journal est plus qu’un journal”. C’est la nouvelle mode, on entend ça partout : le slogan d’une radio sur deux, à présent, est “plus que de la radio”; le slogan des agences de voyage : “plus qu’une agence de voyages”; le slogan des coiffeurs : “plus qu’un coiffeur”… encore une fois, poussons la logique à son terme : “ce snack est plus qu’un snack : il vous propose des sandwiches au rosbif qui sont plus que des sandwiches au rosbif, nappés de Fantas qui sont plus que des Fantas”.
Pfff… bon sang!