Bon allez, pour célébrer l’an neuf l’année nouvelle la nouvelle année la fin des fêtes est-ce qu’elles se sont bien passées oui allez tant mieux et surtout meilleurs voeux hein dites, je vais me permettre un petit listing, un bon petit listing d’expressions savoureuses qui font le charme de notre belle langue françoise, mais que ça serait quand même bien mieux si elles disparaissaient à tout jamais, ces expressions.
Alors, la première, la vilaine des vilaines, ouh qu’elle est vilaine, c’est celle-ci, je vous la révèle sans plus attendre, attention c’est parti on s’accroche 3, 2, 1, go : “au jour d’aujourd’hui”. Ouh là là! Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen d’interdire cette formule une bonne fois pour toutes? J’entends bien que ce serait liberticide, que les gens ont le droit de s’exprimer comme ils l’entendent, mais ne pourrait-on pas juste faire une petite exception pour cette expression? Allez, rien qu’une fois! Une interdiction de rien du tout! Une minuscule entorse à la Constitution, un décret adopté juste pour l’occasion qui stipulerait que toute personne surprise à dire “au jour d’aujourd’hui” serait déportée séance tenante en Sibérie, avec une peine de sûreté de quarante ans, et pour seule distraction un CD des meilleurs discours d’Yves Leterme? Ou alors, au choix, mais on ne sait pas ce qui est le pire, un dîner aux chandelles avec Bart De Wever?
Bon alors… quoi d’autre en magasin? Ah oui! Les titres de journaux qui se terminent par “au bord de la crise de nerfs”. Dès qu’une catégorie de la population n’est pas contente, on parle de son “mécontentement”, de sa “colère”, de sa “grogne”, et puis on dit dans la foulée qu’elle est “au bord de la crise de nerfs”. C’est systématique. “Infirmières au bord de la crise de nerfs”, “enseignants au bord de la crise de nerfs”, “libraires au bord de la crise de nerfs”, tout le monde au bord de la crise de nerfs! Allez hop, tous ensemble, au bord de la crise de nerfs!
Sinon, ce à quoi tout le monde aspire, c’est de “faire bouger les lignes”. “Je vais vous dire, monsieur Vanderauwera, et je le dis à tous vos auditeurs : ce qui est important pour moi, c’est de faire bouger les lignes”. “Mais… quelles lignes?” “Euh… les lignes”. “Et il faut les mettre où?” “Il faut juste les bouger”. Bien à l’aise… Bougeons les lignes, bien à l’aise!
Il importe également, ne l’oublions pas, de “faire entendre sa différence”. Tout le monde, aujourd’hui, veut “faire entendre sa différence” à tous les autres, ce qui n’est pas une mince affaire puisque nous sommes quand même un bon 6 milliards! 6 milliards à tous vouloir faire entendre notre différence!
Une autre curiosité en passant : le concept d’“égalité parfaite”, très à la mode ces derniers temps, et qui est étrange, puisque si elle n’est pas parfaite, l’égalité, eh bien ce n’est plus une égalité. Donc, si on parlait d’égalité pas parfaite… ce serait juste une inégalité.
Quoi d’autre? Ah oui : “la foule des anonymes”… on ne parle plus de foule, aujourd’hui, mais de foule d’anonymes. Vous participez à une manifestation, et paf : vous êtes automatiquement un anonyme! Bonjour la vexation!
Il y a aussi, autre classique, “ma vérité”, qui signifie en fait mon opinion”. “Ma vérité, je vais vous la dire monsieur Vanderauwera, c’est que je crois profondément que pour sortir de la crise, il faut s’attaquer aux vrais problèmes”.
Sinon, dans les reportages sur les villes ou les villages, on aime à user de la formule “entre tradition et modernité”. Incontournable! Avec en option : “au carrefour des civilisations”. “Berchem Sainte-Agathe, entre tradition et modernité, au carrefour des civilisations”.
Un autre must : la formule “la dictature de” quelque chose. “La dictature de la beauté”, “la dictature de la minceur”, “la dictature des apparences”, “la dictature de l’écologie”, “la dictature du bio”… cela dit, ça nous change de la dictature de Staline, donc ce n’est pas une si mauvaise chose.
N’oublions pas, enfin, le fameux “et croyez-moi, nos concitoyens ne s’y trompent pas”. Apparemment nos concitoyens ne se trompent jamais, et ça c’est chouette.
Et puis last but not least, il y a les puristes qui, dès qu’un truc les chiffonne en Belgique, disent qu’ils ont honte d’être Belges, ou qu’ils ont -ma favorite de la semaine- “mal à leur Belgique”. “Aïe, ma Belgique, euh! Mais ça fait mal!”
Ah, ça dites…