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Quelques chouettes records 

janvier 2011

Dites, on n’arrête pas de se plaindre en Belgique, mais il faudrait peut-être se résoudre à voir le bon côté des choses : on est en train de battre des records !
Ce dimanche 9 janvier 2011, notre pays a en effet dépassé, avec 209 jours, le record de la plus longue crise politique de l’après-guerre en Occident, qui était jusque là détenu par les Pays-Bas, avec 208 jours en 1977.
Alors, moi je dis : écrasés, les Pays-Bas ! Ecrabouillés ! Des amateurs ! Wouuuuh !
Belgique, championne ! Champions du monde !
Et, mieux encore : on est en passe de battre le record de la plus longue crise politique du monde, actuellement détenu par l’Irak ; ce sera le 29 mars.
Encore un petit effort, on y est presque !
Ce qu’il faudrait absolument éviter, c’est qu’on trouve un accord quelques jours avant ce record du monde, genre le 27 ou le 28 mars… Vous imaginez la frustration ? « Oui, ça y est, on va battre le grand record… la plus longue crise politique de l’histoire du monde entier… oui, oui… c’est bientôt nous les kings… ça y est… eh merde : tous les partis viennent de trouver un accord à l’instant. Oh, c’est rageant : si près du but ! »
A la limite, pour éviter ce genre de déconvenue, je propose -attention, ceci est ma proposition citoyenne- qu’on se mette tous d’accord pour ne pas trouver d’accord d’ici le 29 mars, le temps d’être sûrs de battre ce record, puis après ça on avisera.
Qu’on soit enfin fiers de quelque chose : de pouvoir nous targuer d’un beau record !
Enfin bon, je dis ça, mais en même temps il n’y a pas de grand risque qu’on trouve un accord d’ici là.
Et ce n’est pas plus mal, parce que je vous prédis une grosse déprime collective, le jour où on trouvera un accord.
Car qu’on le veuille ou non, on a fini par s’habituer aux rapports systématiquement refusés, avec chaque fois les mêmes pseudos-effets de surprises : « incroyable », « la Belgique s’enfonce dans la crise », « la Belgique s’enfonce encore dans la crise », « la Belgique s’enfonce encore plus dans la crise », « et encore et encore plus », « toujours plus », « la Belgique n’en finit pas de ne pas en finir de s’enfoncer encore toujours plus dans la crise »… et puis quoi ? Le jour où il n’y aura plus de crise, qu’est-ce qu’on dira ? « La Belgique n’en finit pas de ne pas sortir de l’absence de crise » ?
On s’est aussi habitués à voir des mecs suer chaque fois pendant des semaines pour pondre des rapports dont tout le monde sait à l’avance qu’ils seront refusés : « quoi ? Le nouveau rapport est refusé ? La NVA n’en veut pas ? Ça alors ! »
Ah, c’est sûr qu’il doit avoir bon, le Bart De Wever, avec son petit effet, qu’il répète en boucle…
Un effet très simple, qui consiste à dire calmement et fermement : « nee ».
« Nee », « nee », « nee ».
« Ça y est, monsieur De Wever, on a fini notre nouveau rapport ! Vous voulez le lire ? »
« Nee ».
« Non, mais je ne vous demande pas si vous l’approuvez ; je vous demande si vous voulez bien le lire ».
« Nee ».
« Juste un coup d’œil ? »
« Nee ».
« Bon. Et sinon, quoi de neuf ? »
« Nee ».
« Euh pfff… on va changer de sujet, alors : quelle est votre couleur préférée ? »
« Nee ».
Heureusement, une éclaircie dans un ciel sombre : on a André Flahaut, qui dans une interview récente n’a pas hésité à parler sans langue-de-bois, et en des termes novateurs. Je vous lis un extrait de son interview : « il faut faire preuve d’imagination… et se donner toutes les chances de réussir… mettre en avant le pragmatisme pour dégager enfin une solution sur le plan institutionnel… parce que tout est dans tout. Je plaide pour une solution de bon sens, pour que tout le monde reste autour de la table ».
Su-perbe !
Allez hops, en route pour le record du monde !