Ouf, enfin une proposition concrète!
Ajoutant sa pierre à l’édifice des multiples prises de position qui jalonnent cette 8.742ème crise institutionnelle belge, Charles Michel a eu le cran de prendre du recul par rapport aux viles mesquineries linguistiques, et d’élever le débat d’une fomule définitive : “Réinventons la Belgique”.
Mais voilà! Personnellement, je suis tout à fait d’accord : réinventons la Belgique! C’est ça qu’il faut faire!… C’est ça!
Ça ne va pas en Belgique? Eh bien, il suffit de la réinventer! Voilà.
Il y a des problèmes d’emploi? Il faut réinventer l’emploi!
Il y a une crise économique? Il faut réinventer l’économie! Et réinventer aussi la crise!
Puis tant qu’on y est, on peut aussi s’attaquer à tout ce qui ne va pas dans cette société : on peut réinventer les aires d’autoroute, les barbes sans moustache, les lunettes à verres fumés, les pêches au thon, les salades de riz, les réunions de famille où personne n’a envie d’aller… tout! Réinventons tout… sans tabous, ni faux-semblants, ni faux-fuyants, ni concessions, ni chichis.
Donc, voilà, c’est parti : ré-in-ven-tons.
Alors… procédons méthodiquement. Pour suivre les conseils de Charles Michel, commençons par la Belgique.
Pour ce faire, voyons ce qu’on sait de la Belgique, ensuite réinventons-le.
La Belgique, donc, est un pays.
OK.
Eloignons donc tous les tabous, tous les faux-semblants, tous les faux-fuyants, toutes les concessions, tous les chichis… euh… on nous dit que c’est un pays, mais qu’est-ce qui nous le prouve? Hein? Dès lors qu’on accepte de réinventer? Ça pourrait être un tas d’autres choses, la Belgique! Un chou-fleur? Un sèche-cheveux? Un amortisseur de voitures? Une semelle? Une calculette? Un grattoir à givre?
Bon. Dans un premier temps, je propose qu’on en reste à l’idée de pays, parce que c’est encore le plus simple; on reviendra plus tard sur cette question.
En attendant, arrêtons-nous sur le mot “Belgique”. On peut aussi réinventer ce nom, au fond : peut-être que c’est lui qui nous colle la poisse! Si on avait un plus chouette nom, peut-être que tout irait mieux. Euh… comment est-ce qu’on s’appellerait, à la place de “Belgique”? Mh… “Chouetteland”? Un pays où tout serait chouette? Avec des Chouettelandais et des Chouettelandaises?… Bof, je ne sais pas.
A la limite, on pourrait se contenter de débaptiser “Bruxelles-Hal-Vilvorde”; peut-être que ça décoincerait déjà tout! Voyons voir. “Bruxelles”, “Hal”, “Vilvorde”… il faut donc trois éléments. Si on appelle “Bruxelles” “Bien”, si on appelle “Hal” “A”, et si on appelle Vilvorde “L’aise”, “Bruxelles Hal Vilvorde” s’appellerait “Bien à l’aise”, ce qui serait déjà une bonne manière d’entamer de nouvelles négociations!… Enfin, je ne sais pas non plus.
Bon. J’attaque un autre angle : le roi. L’idée d’avoir un roi, ça manque de panache!… Pourquoi pas un empereur? L’empereur des Belges, avec l’Atomium comme palais impérial, et Bruparck comme parc impérial!… Osons, réinventons! On irait proposer le trône à une personnalité assexuée linguistiquement. Le chef Raoni, par exemple. Allez, je veux bien lui écrire.
Ou bien non, j’ai une autre idée : pourquoi est-ce qu’on ne supprimerait pas les langues, au fond? C’est vrai : tous nos problèmes viennent de là! Or, on pourrait très bien s’exprimer par gestes! Ces langues, ça crée des problèmes parce que tout le monde veut se battre pour imposer la sienne, mais s’il n’y en a plus, hop : plus de problème! En plus, à cause des langues, on passe des heures à discuter de comment résoudre nos problèmes de langues, alors franchement, moi je dis : c’est le serpent qui se mord la queue!
Bon. On commence comme ça? Plus que des gestes?
OK. J’en parle au chef Raoni, et je vous dis quoi.