Alors, les fêtes approchent… qu’est-ce qu’on pourrait faire dans notre JT, les gars?
Ah, moi je sais! Un bon vieux reportage sur les achats en ligne.
Ça, c’est toujours bien.
Chaque année, depuis plus de dix ans, au moment des fêtes, on a droit à la sempiternelle enquête sur les achats en ligne, avec des chiffres comme quoi que plein de gens achètent en ligne, mais aussi comme quoi qu’il y en a qui n’achètent pas en ligne. Et même que ceux qui achètent en ligne disent que c’est pratique, et que ceux qui n’achètent pas en ligne disent qu’ils aiment encore bien un bon contact humain dans les magasins. Et voilà, c’est tout, merci bonsoir.
Alors, qu’est-ce qu’on pourrait faire d’autre? Ah, je sais! Si on faisait un reportage, comme l’année passée, et comme celle d’avant d’ailleurs, sur les régions du monde où il fait très chaud et où il y a plein de soleil au moment des fêtes, ça c’est toujours gag, avec des filles en maillot sur la plage qui portent des chapeaux de Noël, et puis des pères Noël en chemise à palmiers? Ouais!
Ou bien, on pourrait aussi penser à l’incontournable reportage sur le vrai père Noël, une espèce de gros peye barbu qu’on va toujours filmer là-haut quelque part dans le Nord, au milieu des sapins enneigés, qui sort d’une cabane en bois en faisant : “ho, ho, ho”, et à qui on demande dans une langue bizarre : “ça va, père Noël?”, “oui”, “pas trop lourds, les cadeaux?”, “ça va”, “grosse période, pour vous, les fêtes?”, “oui, mais bon j’ai le reste de l’année pour me reposer, hein”. Bien, bien, bien.
Sinon, on ne peut pas non plus passer à côté du reportage sur les enfants qui écrivent directement au père Noël, même que la Poste ne laisse pas leurs envois sans suite, ou alors sur l’achat de sapin de Noël, même qu’il n’y a pas moyen de le mettre dans la voiture tellement qu’il est trop grand, ou bien sur les petits enfants qui pleurent devant le père Noël parce qu’ils ont peur… bref, on a le choix.
Ah, mon Dieu! Chaque année la même chose! Et ça vaut pour toutes les périodes de l’année : les reportages sur le passage de l’heure d’été à l’heure d’hiver avec les gens qui ont oublié de changer l’heure et qui arrivent soit une heure en retard soit une heure en avance au travail (finesse trop gag); ceux sur la rentrée scolaire et le poids des cartables; ceux sur la neige et le verglas, avec plein de gens qui glissent et qui se font mal; ceux sur les embouteillages sur la route des vacances (“et vous, monsieur, vous attendez depuis combien de temps?”, “ça fait six heures que je suis à l’arrêt; heureusement ma femme préparé des tartines”); les régimes minceur à l’approche de l’été, les vaccins contre la grippe à l’approche de l’hiver, et puis les gens qui postent leur déclaration de revenus au dernier moment, le festival de Cannes avec ses milliards de films « très attendus », tout ça sans compter les grands classiques des hebdomadaires : les vrais salaires des cadres, la hausse de l’immobilier dans grandes villes, les 100 plus grands tout (les 100 plus grands Wallons de tous les temps », « les 100 plus grands chocolats », « les 100 plus grands fromages », « les 100 plus grands chewing-gums », « les 100 plus grands schnaps », « les 100 meilleurs ouvre-bouteilles », « les 100 plus grands lave-vaisselle »), et puis les classements des hôpitaux, des universités, des grandes écoles, des villes, des régions, des cadenas, des matelas, des paillassons, des cannes à pêche, des pêches au thon, des thons rouges, des rouges-gorges, et puis les tests : « êtes-vous bourgeois ou bobo ? », « êtes-vous monogame ou polygame ? », « êtes-vous pêche au thon ou salade de riz ? », « êtes-vous plutôt thé ou café ? », « vanille ou pistache ? », « mayonnaise ou ketchup ? », et puis les revivals des philosophies antiques et ses sagesses orientales : « soyez sen », « restez bien à l’aise », « demeurez tranquillou »…
Toujours la même chose…
Alors moi je dis : assez.