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Toujours quelque chose à fêter!

avril 2011

Moi je dis : ce qui est bien, en Belgique, c’est qu’il y a toujours quelque chose à fêter.
Cela dit, pas qu’en Belgique : tenez, rien que pour les jours à venir, le 6 mai aura lieu la journée mondiale du coloriage; le 14 mai, la journée mondiale contre l’hypertension; le 18 mai, la journée internationale du pied; le 11 juin, la journée mondiale du tricot; le 21 juin, la journée internationale de la lenteur. Par la suite, le 15 septembre, ce sera une toute grosse journée : à la fois journée européenne de la prostate, journée mondiale du lymphome, journée internationale de la démocratie, journée internationale pour la liberté de l’instruction, et journée mondiale du transport public.
Ce n’est cependant pas tout, car 2011 est également l’année internationale de la jeunesse, l’année internationale des personnes d’ascendance africaine, l’année internationale des forêts, l’année internationale de la chimie, l’année internationale de la chauve-souris, ainsi que l’année Liszt, commémorant le bicentenaire de la naissance du grand homme.
Par ailleurs, la décennie 2003-2012, qui englobe donc 2011, est la décennie des Nations-Unies pour l’alphabétisation, et la décennie 2011-2020, qui inclut également notre année, est à la fois la décennie de la diversité biologique et la décennie d’action pour la sécurité routière.
Que de fiestas en cours! Moi je dis : on ne sait plus où donner de la tête… d’autant qu’on doit en plus fêter le premier anniversaire de la Belgique sans gouvernement, et ça c’est franchement un chouette anniversaire. A la limite, je trouve que ça pourrait même remplacer le 21 juillet. Comme fête nationale. C’est vrai, quoi : 1830, ça commence à faire loin, tandis que là, le 22 avril 2010, c’est un bon point de départ; c’est encore bien marqué dans tous les esprits, donc c’est parfait. Et puis, ça nous permettra aussi d’organiser des défilés et des feux d’artifice chaque année : pour les 10 ans de la Belgique sans gouvernement, pour les 20 ans de la Belgique sans gouvernement, etc.
Vous imaginez, quand on fêtera les 40 ans de la Belgique sans gouvernement? Tous les ministres en affaires courantes seront quasi-centenaires, en plein Alzheimer; ils n’en auront plus rien à foutre de rien, ça va être superbe! On peut déjà se figurer leurs conseils des ministres vers 2050, quand on aura vraiment tout essayé pour former un gouvernement, que plus personne n’y croira, et que ce seront des vieillards cacochymes aux commandes… “Alors les gars, pfff… qu’est-ce qu’on n’a pas encore essayé? Il faut oser un truc nouveau! Mais quoi? Euh… et si on supprimait tout, au fond? Mais vraiment tout? Les institutions, les communes, les régions, les facilités, la frontière linguistique, le pays : tout! C’est peut-être la solution; on n’a jamais tenté ça… procédons méthodiquement; commençons par supprimer le français et le néerlandais, par exemple, et parlons tous kazakh : allez hops, kazakh pour tout le monde! Ou plutôt non : ça ne ferait que reporter le problème, puisque de toute façon, même si on se met tous au kazakh, les Flamands parleront kazakh avec un accent flamand, et les Wallons avec un accent wallon. Alors, si nous renoncions à toute langue? On pourrait tenter, à la rigueur, le langage des signes, ou bien carrément cesser de communiquer : ça, c’est encore une meilleure option. On ne dirait plus rien. Silence total. Et on n’écrirait plus rien non plus. Pas mal! On ne se ferait plus que des petits sourires et des clins d’oeil. Bien à l’aise”.
Enfin bon, Dieu merci, on n’en est pas encore là; aujourd’hui, on vit encore dans l’illusion qu’on peut avoir un gouvernement, alors accrochons-nous-y avec l’énergie du désespoir : si ça se trouve, d’ici quelques années, notre époque sera considérée comme un âge d’or…