Dites, je reviens sur cette histoire de Wikileaks, avec toutes ces fiches sur des dossiers ulra-confidentiels qui circulent sur le Web : franchement, je ne m’en lasse pas… cette possibilité de tout savoir sur tout, c’est d’un grisant!
“Google”, à côté, c’est de la gnognotte!
Donc, je récapitule : aujourd’hui, avec Google, on tape “Raoul Reyers” + “pêches au thon”, et on a accès à tous les documents on-line qui concernent à la fois Raoul Reyers et les pêches au thon.
C’est déjà pas mal, mais demain, grâce à Wikileaks, on aura beaucoup mieux : en tapant “Raoul Reyers” + “pêches au thon”, on saura désormais ce que Raoul Reyers pense au plus profond de lui-même des pêches au thon, le nombre de pêches au thon qu’il a ingurgitées tout au long de sa vie, tout ce qu’il a pu dire, même dans l’intimité, sur les pêches au thon… bref, il n’y aura plus le moindre secret sur Raoul Reyers et les pêches au thon!
Vous imaginez, quand toutes les infos concernant tout le monde seront on-line? Un seul petit clic, et on saura tout! Tout! Les véritables motivations qui poussent un type pourtant a priori normal à se laisser pousser une barbe sans mustache, les raisons pour lesquelles les coiffeurs ont souvent des coiffures pourries… tous les mystères de l’humanité seront éventés!
Il n’y aura plus aucun secret sur rien : que de la transparence!
Ce sera génial pour les petits curieux, évidemment, mais le problème, c’est que ça ira dans les deux sens, et donc que n’importe qui pourra savoir ce qu’il veut sur nous.
Et là, ça rigole moins.
Tous nos petits travers, nos petits moments de honte, les petits trucs dont on n’est pas fiers : tout ça circulera en boucle sur le Web!
Dans un dîner, par exemple, si on a prétendu avoir lu un livre qu’en fait on n’a jamais lu, juste pour impressionner la galerie, paf : ça se retrouvera sur Wikileaks! Quiconque tapera notre nom + “livres” sera au courant!
Pendant que vous faisiez vos courses au supermarché, si vous n’aviez finalement plus envie du paquet de biscuits que vous aviez mis dans votre caddie, mais si vous n’aviez pas non plus envie de retourner jusqu’au rayon biscuits pour le redéposer, et donc que vous l’avez balancé discrétos au rayon poissonnerie en vérifiant bien à gauche à droite que personne ne vous avait vu, pas très fier de vous, même chose : sur Wikileaks! En tapant votre nom + “supermarché” + “biscuits”, on pourra visionner la scène filmée! En boucle! La honte!
Vous avez dit du bien de vous-même sur un forum Internet sous un nom d’emprunt? Pareil : aussitôt on-line, sur Wikileaks, en tapant votre nom + “honte”!
Dans la rue, vous avez refusé d’expliquer son chemin à un touriste en prétendant ne pas savoir où se trouvait l’endroit où il voulait aller, alors que vous le saviez très bien mais que vous n’aviez juste pas envie de prendre le temps de lui expliquer? Sur Wikileaks! Votre nom + “touriste en déroute”!
A un anniversaire, vous n’avez pas chanté “Happy birthday to you” avec tous les autres, et vous vous êtes contenté de marmonner quelques syllabes pour vous donner une contenance? Sur Wikileaks! Votre nom, + “anniversaire”!
On pourra tout savoir sur tout le monde.
En tapant “Dalaï Lama” + “pensées véritables”, on pourra lire ce que le Dalaï Lama se dit vraiment au fond de lui-même; des trucs du genre : “plein le cul, de cette saloperie de tenture orange sur le dos”.
Bref, tout : plus aucun secret sur rien.
Et moi, ça me fait peur…