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Volcan islandais

avril 2010

Dites, ce volcan islandais : tous ces gens coincés à l’autre bout du monde pendant des jours!

Quand je pense que moi, je m’énerve déjà quand mon tram arrive deux minutes en retard, et que j’ai des envies de meurtre quand le type devant moi dans la file de supermarché a oublié de peser ses fruits parce que ça me fait perdre 30 secondes, je compatis au malheur de tous nos amis bloqués plusieurs jours loin de chez eux.

Evidemment, ça aurait eu encore plus de panache si les communications téléphoniques et Internet avaient été coupées; là, on aurait vraiment commencé à stresser : des types auraient essayé de traverser l’Atlantique en radeau, on se serait remis à correspondre par pigeons voyageurs, certains se seraient même mis à loger dans des cavernes, vivant de cueillette et de chasse au bison… ça nous aurait fait des souvenirs!

Mais bon.

Grâce à ce volcan, on a eu quand même droit à un chouette petit festival.

Tout d’abord, l’emploi, dans les titres de journaux, de 817.649 occurrences de l’expression “danser sur un volcan”, ce qui il est vrai, était assez irrésistible. Sans compter les bon vieux “le gouvernement a la tête dans les nuages”, “les autorités mordent la poussière”, “des voyages réduits en cendres”, “les passagers chauds comme la braise”, “un fameux écran de fumée”, etc. Mais bon j’arrête là, parce que je ne veux pas cautionner.

Ensuite, vint l’heure de l’interview des gens qui habitent près des aéroports, et qui forcément n’ont eu aucun avion au-dessus de leurs têtes pendant des jours. Très intéressant. “Alors, qu’est-ce que ça fait de n’avoir pas d’avions au-dessus de sa tête?” “Ben, c’est chouette”. “Ah! Il y a moins de bruit, alors?” “Ben ouais”. “Vous préférez?” “Ah ouais”. “Mais, euh… vous avez pensé aux gens qui sont coincés à l’autre bout du monde?” “Ah ouais”.” Et qu’est-ce que vous en dites?” “Ben… que c’est pas de bol pour eux”. Ah, le journalisme de terrain!

Autre angle d’attaque journalistique : répertorier les réactions que les voyageurs en déroute ont postées sur Internet. Messages sur Twitter, statuts Facebook… Et là, je dois dire que je n’ai pas bien compris les critères de sélection de ces messages, parce qu’en lisant les plus croustillants, répertoriés sous des titres aguichants comme “Lisez les réactions des passagers bloqués”, j’ai surtout trouvé des “nom de tchos, ça fait long”, des “bloqués depuis 4 jours, ras-la-casquette”, ainsi que de plus prosaïques “fuck”, et autres “plein le baba”.

Enfin, comme on ne pouvait pas en rester là, vint l’heure de demander aux internautes ce qu’ils pensaient du blocage de l’espace aérien. Pas si ça les embêtait ou non, mais si selon eux, les autorités avaient eu raison d’interdire les vols. “Selon vous, était-il nécessaire de bloquer l’espace aérien?” Voilà. Alors… si le débat avait opposé divers experts en aéronautique, je ne dis pas, mais là! Personnellement, quand on me pose ce genre de question, ça me fait la même impression que si un chirurgien cardiaque me demandait au beau milieu d’une opération à coeur ouvert : “dis, Gilles, euh… c’est bien, là, ce que je fais, là? Tu trouves que je m’y prends bien, que je m’attaque au bon côté du coeur? Ou alors tu ferais comment, toi?” Mais je n’en sais rien, moi! Je n’y connais rien!

Alors… est-ce qu’ils ont bien fait de bloquer l’espace aérien? Plusieurs écoles : ceux qui considèrent que “oui”, parce que c’est “c’est une précaution nécessaire”, et ceux qui considèrent que “non”, parce que c’est un “excès de précautions”. Voilà. Merci bonsoir, c’était notre grand débat. Alors évidemment, c’est plus nuancé : il y a aussi ceux qui disent que ceux qui sont pour le blocage de l’esapce aérien sont des cons, et puis ceux qui disent que ceux qui sont contre le blocage de l’espace aérien, ce sont eux les cons.

Et puis dans le tas, un malheureux spécialiste qui tente d’argumenter, et qui se voit répondre : “oh là, prise de tête, ici!”

Enfin bon, moi, je vous laisse; je m’en vais de ce pas danser sur un volcan…